Fraude: ras-le-bol des entrepreneurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean

21 novembre 2017

Laura Lévesque
Le Quotidien

Fraude: ras-le-bol des entrepreneurs

Ces stratégies existent depuis plusieurs années. Mais pour la première fois, une dizaine d’entreprises de la région se mobilisent pour sensibiliser la population. Une sortie initiée par Négawatts Production, un organisme à but non lucratif qui, précisons-le, ne vend pas de thermopompe.

« Comme entreprise spécialisée en efficacité énergétique, les gens nous appellent après avoir signé de tels contrats. Et on remarque une recrudescence. Il était temps de sortir et de rappeler aux gens de faire affaire avec une entreprise qui a pignon sur rue », conseille Dave Gosselin de Négawatts.

Dix entreprises spécialisées en isolation et en vente de thermopompes ont approuvé cette sortie publique.

Le Quotidien avait d’ailleurs fait état de la fraude en matière d’isolation dans son édition du 19 octobre dernier où deux familles de Saint-Félicien racontaient avoir été flouées.

« C’est rare qu’on se réunit. Mais ce qu’on voit, c’est choquant. On ne parle pas de petites fraudes. Certaines personnes ont presque payé 40 000 $ pour une thermopompe qu’on vend 4000 $ », dénonce vigoureusement Carl Savard, de Lemay Refrigération, précisant que le prix moyen d’une bonne thermopompe ne dépasse pas les 5000 $.

Ce dernier fait référence à une dame qui a signé un contrat de 20 000 $ avec une compagnie itinérante basée à Montréal. Avec le taux d’intérêt pour financer cette thermopompe, la facture s’élevait à 39 000 $. Le Quotidien a obtenu copie de ce contrat qui a été résilié avec l’aide d’un avocat.

Ce qui semble séduire les acheteurs sont surtout les économies d’énergie. « Méfiez-vous de réduction d’énergie miraculeuse. On a entendu des gens qui se sont fait promettre des réductions de 60 à 70 %. C’est impossible », souligne Dominic Girard de Réfrigération Nordic.

« Les gens devraient faire affaire avec l’entreprise la plus proche de chez eux. Comme ça, s’il arrive quelque chose, ils savent où aller. Et dans le meilleur des mondes, les acheteurs devraient demander au moins deux à trois soumissions », ajoute Éric Tremblay de All-Tech de Dolbeau-Mistassini, invitant les consommateurs à encourager les entreprises d’ici.

Si le vendeur met de la pression, le consommateur devrait commencer à se poser des questions, prévient Dave Gosselin.

« La pression fait partie de leur stratégie. On veut faire les travaux rapidement, voire le lendemain de la signature. Mais dans ce domaine, rien ne presse. Juste pour obtenir la subvention de 650 $ de Reno climat, le client doit faire tester les lieux avant et après la pose. Lorsque c’est installé, c’est trop tard », rappelle M. Gosselin.

Dans le cas de travaux d’isolation, le nombre de cas augmente aussi, constate Dany Fortin, d’Isolation Fortin.

« Dans ce domaine, on ne voyait pas de vente itinérante au Lac. Cette année, il y a plusieurs cas déjà », constate-t-il.

Pascale Bergeron, de chez Immotech, invite d’ailleurs les clients à demeurer prudents dans les offres de décontamination et d’isolation. « Des tests de moisissures, ça peut prendre une semaine à deux semaines. Et il y a eu des cas où les vendeurs ont montré des photos de grenier qui avaient été prises ailleurs », donne en exemple Mme Bergeron, en parlant d’un cas réel.

Isolation Fortin, Mauvalin, Isolation Uréthane Saint-Félicien, Thermopompe Saguenay, Frigo Temp, Ventil-Air, All-Tech, Immotech, Refrigération Nordic, Lemay Réfrigération et Négawatts Production mettent en garde la population sur la vente itinérante dans leur domaine.

Sollicité deux fois plutôt qu’une

Un Félicinois est tombé dans le piège d’un vendeur itinérant en 2016. L’homme, qui préfère conserver l’anonymat, s’est fait promettre de grosses économies d’énergie par l’entreprise qui aujourd’hui n’existe plus.

« Personne ne m’a forcé à acheter. Mais le vendeur met tellement de la pression et il fait miroiter des économies. On me disait que j’allais sauver 1000 $ par année. Après un an, j’ai sauvé peut-être 200 $. On est loin du 1000 $ », raconte-t-il.

Ce dernier a acheté deux thermopompes pour environ 12 000 $, ce qui est plus cher que chez les commerçants, mais pas trop éloigné du prix du marché. Outre les promesses d’économies d’énergie, c’est la pression qui a choqué le consommateur. Ce dernier n’a pas eu droit à la subvention Reno Climat, en raison du manque d’information.

Il y a quelques semaines à peine, le Félicinois a reçu une nouvelle sollicitation téléphonique, mais cette fois-ci pour inspecter son grenier. Il accepte, tout en demeurant sur ses gardes. « Il est sorti du grenier en me disant que c’était dangereux de rester dans une maison avec autant de champignons et qu’il pouvait me faire des travaux de 5000 $ rapidement. Je connaissais la chanson. Je n’allais pas embarquer », exprime le client.

Ce dernier a dit au vendeur qu’il préférait réfléchir, avant d’aller demander un deuxième avis à une entreprise. « Il n’y avait finalement aucune moisissure. J’étais scandalisé », précise-t-il, soulagé d’avoir contacté une autre entreprise.

Il est difficile de retracer toutes les entreprises qui font de la vente itinérante dans la région. Le Quotidien est entré en contact avec l’une d’entre elles. Pour éviter toute accusation en diffamation, son identité ne sera pas dévoilée. La personne responsable dans l’entreprise n’a d’ailleurs pas voulu donner son nom, mais elle a accepté de donner sa version.

« Lorsqu’on va faire un changement d’huile, ça coûte plus cher chez Mercedes qu’au garage du coin. C’est normal, il y a un service de plus. C’est un peu la même chose chez nous. On mise sur le service à la clientèle. On n’a que deux plaintes à l’Office de la protection du consommateur. Pour une entreprise qui a autant de clients que nous, c’est très peu », insiste-t-il, admettant que d’autres vendeurs itinérants font mal paraître son industrie.

Questionné sur l’existence de la subvention Reno Climat, qui permet aux clients d’obtenir 650 $ du gouvernement, le vendeur a précisé que c’était un programme qu’il ne considérait tout simplement pas.

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